Conférence Episcopale Régionale de l'Afrique de l'Ouest Francophone

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15ème ASSEMBLEE GENERALE DE LA CERAO

15ème Assemblée Plénière de la Conférence Épiscopale Régionale de l'Afrique de l'Ouest
Bamako , 3 - 9 février 2003

MESSAGE AU PEUPLE DE CÔTE D'IVOIRE ET A TOUS LES HOMMES DE BONNE VOLONTÉ

.1 - Nous Évêques et Pasteurs établis par Dieu au milieu de son Peuple comme serviteurs de l'Évangile de Jésus Christ pour l'espérance des hommes et du monde,

Nous Évêques et Pasteurs des Églises Catholiques de l'Afrique de l'Ouest réunis en la 15ème Assernblée Plénière de notre Conférence Épiscopale Régionale de l'Afrique Ouest à Bamako,

voulons signifier à l'ensemble du Peuple de Côte d'Ivoire notre solidarité intime avec ce Pays de la sous-région de l'Afrique de l'Ouest, au cœur de la situation dramatique et des événements tragiques qui se déroulent sur son sol, car, comme le dit le Concile Vatican II :
" Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n'est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s'édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l'Esprit Saint dans leur marche vers le royaume du Père, et porteurs d'un message de salut qu'il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. " (G.S n° 1)

.2- Avec nos frères Évêques de Côte d'Ivoire et en communion avec toutes les démarches qu'ils ont déjà entreprises, nous avons prié pour la paix, la justice, la réconciliation et le pardon en Côte d'Ivoire, nous avons partagé les tristesses et les angoisses, les espoirs et les attentes du Peuple de Côte d'Ivoire.

C'est le Seigneur qui met dans notre bouche une parole d'exhortation et de consolation pour son Peuple de Côte d'Ivoire : " Consolez, consolez mon Peuple... "

Frères et Sœurs de Côte d'Ivoire, ne cédez pas au désespoir. Ne vous croyez pas abandonnés de Dieu et de vos nombreux amis.

C'est au nom du Seigneur qu'humblement nous vous transmettons son invitation à la réconciliation et pardon :
"Tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation et pardon. Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c'est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu en vous mêmes et entre vous. C'est maintenant le moment favorable, le voici le moment du salut !" (2 Co 5,18-21 ; 2 Co 6,2)

.3- En relisant l'histoire de la Côte d'Ivoire qui fut toujours un îlot de paix, de stabilité politique, de développement et un modèle de réussite et d'intégration sous-régionale sur le plan économique et social, nous voulons rendre hommage au sens de l'hospitalité qui a permis à la Côte d'Ivoire d'une part, d'accueillir et de donner du travail et un mieux être à des milliers de citoyens de la sous-région, et d'autre part, de se construire et d'acquérir une certaine prospérité grâce au concours de tous les fils de la sous-région, dont les pasteurs sont porteurs, aujourd'hui, de ce message d'exhortation à la paix et à la réconciliation et au pardon national et sous-régional.

Comme vous le savez, frères et sœurs de Côte d'Ivoire, la situation de votre Pays affecte toute la sous-région de l'Afrique de l'Ouest, dans sa vie économique, sociale et politique. C'est donc au nom des nombreux frères de l'Afrique de l'Ouest ; Ghanéens, Maliens, Sénégalais, Guinéens, Togolais, Béninois, Nigérians, Burkinabés, Nigériens, Guinéens de Bissau, Cap-Verdiens et Mauritaniens que les Évêques expriment leur foi, leur espérance en l'avenir d'une Côte d'Ivoire capable d'une généreuse hospitalité et de reconstruire un climat de coexistence pacifique à travers cette culture qui l'a toujours caractérisée, la culture de la palabre africaine, la culture du dialogue. Il n'existe pas d'autres voies pour parvenir à la paix !

Il appartient donc, à chaque acteur de la vie nationale, de prendre et d'assumer sa part de responsabilité dans le processus de restauration de la paix, de la confiance et de la solidarité.

.4 - Nous invitons les populations des différentes régions de Côte D'Ivoire à refuser de céder aux séductions des manipulations politiques, ethniques, régionalistes et religieuses pour préserver l'intégrité territoriale d'une nation unie et indivisible. Au cœur de la situation dramatique et des événements tragiques, vous mesurez, frères et sœurs, les conséquences catastrophiques de ces manipulations qui ont plongé votre Pays dans un chaos politique et social, dont personne ne peut ni assurer la maîtrise ni prévoir le dénouement final. " Ils t'ont séduit, ils t'ont dupé, tes bons amis !, Tes pieds pataugent dans le bourbier, eux sont partis ! (Jr 8,22). Il est donc temps de vous ressaisir !

.5 - Nous lançons un appel pressant aux leaders des partis politiques pour les exhorter à sensibiliser leurs militants et à désarmer leurs combattants et leurs sinistres escadrons de la mort, pour donner une chance au dialogue.
Les Accords de Marcoussis auxquels ce dialogue est parvenu ne sont-ils pas une chance à saisir ? Ils ne sont certes pas parfaits - loin s'en faut - . Ils comportent certainement de gros obstacles et de grosses difficultés ; mais ils témoignent du courage et de la volonté des Responsables et des Représentants du Peuple prêts à consentir les sacrifices nécessaires pour reconquérir la paix. Car c'est bien d'une reconquête qu'il s'agit - puisque la Paix se trouve prisonnière de la Citadelle du Malin.
Ces Accords sagement appliqués ne sont-ils pas, pour le moment, les seuls gages d'une paix durable, issus d'un consensus et d'un compromis politique ? N'est-ce pas le prix à payer pour construire patiemment et résolument l'avenir d'une coexistence fraternelle ?

.6 - Les leaders politiques doivent reconnaître avec humilité leur responsabilité dans les conséquences néfastes de leurs ambitions et de leurs intérêts personnels au détriment du bien commun de la nation.

.7 - Nous demandons aux Forces Armées et aux Organisations dites " Rebelles ", aux Institutions républicaines d'adhérer pleinement au plan de paix proposé par les organisations internationales, régionales, et par tous les hommes de bonne volonté, afin de servir et de sauvegarder la Paix si indispensable et chère à tout le Peuple de Côte d'Ivoire.

.8 - Nous invitons les médias publics et privés à contribuer à l'apaisement des cœurs en se gardant d'épouser des idéologies qui pourraient inciter à la haine, à la vengeance, au mépris, à l'exclusion et à la xénophobie.

.9 - Nous nous en référons au Chef de l'État Ivoirien, le Président Laurent GBAGBO, comptant sur sa sagesse pour parvenir à apaiser les cœurs inquiets et angoissés du Peuple Ivoirien dont il est le Premier Responsable. Nous le félicitons d'avoir enfin pris la parole pour tenter de rassurer et de rassembler tous les habitants de Côte d'Ivoire, sans exclusive.

.10 - Aux Chefs d'État de la communauté économique de l'Afrique de l'Ouest (C.E.D.A.O) et de l'Union Africaine (U.A), tous concernés et impliqués dans la situation ivoirienne, nous rappelons l'urgente nécessité de relever le défi de leurs capacités à gérer les conflits socio-politiques en Afrique, en révélant ainsi à la face du monde que les organisations africaines sont des lieux de construction de la prospérité pour tous les Peuples africains, dans la justice, la paix et la solidarité.

.11 - Nous interpellons vivement tous les responsables des nations engagées et toutes les organisations internationales impliquées dans la résolution de la crise ivoirienne, pour les amener à servir loyalement l'unique cause de l'homme et de la paix en Côte d'Ivoire, sans considération des enjeux géopolitiques et de leurs seuls intérêts économiques, évitant ainsi d'être des observateurs passifs et indifférents aux drames et tragédies qui constituent pour la conscience internationale des crimes contre l'humanité.

12 - Nous présentons au Peuple Ivoirien nos condoléances pour les nombreuses victimes. Nous exprimons aux familles endeuillées notre compassion paternelle.

.En cette circonstance de grandes épreuves, nous renouvelons au Peuple de Côte d'Ivoire, à ses leaders politiques et religieux, à son Chef d'État, l'assurance de notre prière, afin que le Seigneur accorde à ce Pays le don et la grâce de la paix, et qu'il fasse de tous les habitants de Côte d'Ivoire des artisans infatigables de la Paix.


Fait à Bamako, le 08 février 2003
Les Archevêques et Évêques de la CERAO.