Conférence Episcopale Régionale de l'Afrique de l'Ouest Francophone

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15ème ASSEMBLEE GENERALE DE LA CERAO

Interview

Monseigneur Laurent MONSENGWO PASINYA, Archevêque de Kisangani (RDC), Président du symposium des conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar.

Q : Mgr Vous êtes en fin de votre deuxième mandat. Quel bilan tirez-vous de ces deux exercices ?
R : J'ai été élu trois ans après le synode pour l'Afrique. Celui-là a donné mandat de restructurer le SCEAM dans la perspective d'une solidarité organique sur tout le continent et les îles adjacentes. Il a donc fallu revoir les statuts, retoucher certains articles. Nous avons incorporé certains points. Ainsi, dans les finalités du SCEAM nous avons ajouté la notion de solidarité organique pastorale comme étant un moyen de l'unité du corps épiscopal. Autre préoccupation : l'évangélisation en Afrique par le biais de l'édification d'église famille de Dieu. Sur ce point nous avons écrit une lettre pastorale qui essayait d'examiner le concept et la vision même de l'église famille de Dieu. Cette lettre a été publiée à Accra en 1998. Nous avons eu également à examiner le rôle joué par église le cadre des conférences nationales, dans la résolution des conflits et les guerres qui se passent actuellement en Afrique. Cela a fait l'objet d'une plaquette publié dans documentation catholique le 16 janvier 2002. Au cours des dernières années nous avons élaboré un programme et des stratégies pour aider les peuples d'Afrique à aller vers la paix. Sans compter les prises de positions dans les questions d'actualité : la guerre dans les grands lacs, les élections et la crise en Côte-d'Ivoire, la pandémie du sida...
Q : L'Afrique s'enlise. Problème politique, guerre, pauvreté, maladie, etc. Que fait l'Eglise ? Que fait votre institution ?
R : Avant tout, l'Eglise aide l'Afrique par ses différents messages, par ses actions sur le terrain. Nous sommes enracinés dans les communautés ecclésiales de bases, les paroisses, les diocèses. Quand il y a des problèmes, avec un impact continental, c'est à ce moment là que le SCEAM intervient. Comment ? Par les prêches dominicaux, les prises de position des conférences nationales ou régionales sur les évènements qui se déroulent chez elles. Dans mon pays en RDC, l'église prend position. En Côte-d'Ivoire également, les évêques ont parlé. Nous sommes une famille qui doit vivre de telle sorte que les gens ne s'entretuent pas. Mais vous savez, il ne suffit pas de parler pour que les gens vous suivent. D'où la nécessité aussi de prendre position et de poser des gestes et d'offrir des médiations en cas de conflit ou de guerre. L'Église a donc son rôle à jouer. Elle ne remplace pas l'État, elle n'a pas les moyens de la sécurité. Cependant, elle a la parole qui rassemble, qui aide à travailler ensemble dans une même direction.
Q : Le SCEAM est-il représenté dans des structures internationales telles que l'Union africaine, l'ONU ?
R : Le SCEAM actuellement examine les voies et moyens pour avoir une représentation au niveau des organisations continentales. Pourquoi ? Dans la pratique de l'Eglise c'est généralement le Saint-Siège qui est voix en matière de diplomatie et de politique internationale. Nous voyons donc, sans préjudice des droits et des privilèges du Pape et de la Curie romaine, les possibilités d'une action - fut-elle discrète - au niveau de l'Union Africaine naissante et autres instances régionales. Les contacts sont en voie. Nous allons essayer de les conduire à bon terme.


Mgr John ONAIYEKAN, Archevêque d'Abuja au Nigéria, Président de l'AECAWA - Association Episcopal Conférence of Anglophones of West Africa.

Q : Convergence entre la CERAO et l'AECAWA ?
R : Nous croyons que maintenant nous sommes arrivés au point ou nous devons surmonter l'obstacle linguistique. Nos hommes politiques l'ont déjà fait à travers la CEDEAO. Alors il n'y a pas de raison que l'Eglise continue avec deux associations dans la même région. Cela paraîtrait ridicule et anachronique. C'est pourquoi depuis l'Assemblée Conjointe CERAO-AECAWA en l'an 2000 à Ouagadougou (Burkina Faso) la décision a été prise d'aller vers une seule Association Régionale. Le projet avance bien.
Q : Quels avantages apportera la prochaine fusion des deux conférences épiscopales régionales ?
R : Les réalités de nos régions dépassent les frontières nationales ou linguistiques. Quand par exemple la guerre a commencé au Liberia puis en Sierra Leone, les conséquences sont senties en Guinée ou en Côte-d'Ivoire. Les guerres et les conflits ne respectent pas les frontières. Si on veut comme Eglise agir ensemble il faut que nous ayons un forum, lieu d'exercice d'un programme intégré afin d'influencer notre sous-région. Côté politique, l'exemple de la CEDEAO est là. Pourquoi pas une organisation ecclésiale fédérant plusieurs nations ? Et ce pour appuyer nos responsables politiques dans la recherche de la paix et la promotion dans le développement. Nous sommes aussi médiateur en cas de nécessité. Aujourd'hui, nous pensons que le problème de notre sous-région mais aussi pour toute l'Afrique est tellement dramatique que personne ne doit rester tranquille. C'est vrai qu'il faut donner à manger, élaborer des programmes après les conflits et les guerres. Mais il faut aussi faire quelque chose avant qu'ils n'éclatent.. C'est de toutes ces questions que nous débattons au sein de nos deux organisations. Et lorsque ce sera une association unique. Pour ce qui est de la langue, l'obstacle n'est pas insurmontable. Je suis yorubaphone mais aussi anglophone. Je parle aussi le français. De nombreux évêques ici sont bilingues et trilingues.
Think you very much.

Propos recueillis par Achille Kouawo et Alexis Kalambry.
Association des Journalistes Catholiques du Mali (AJCM)